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Lors de la célébration de Pâques, fête de la résurrection du Christ, nous chantons souvent un hymne, une prière liturgique. Dans la tradition orthodoxe, cet hymne est appelé le « tropaire». Ce mot grec se traduit par « manière, méthode ». Notre langue russe possède un terme similaire, c’est « tropa », ce qui veut dire « chemin, sentier » dans une forêt ou un champ, facile à marcher et qui indique la direction à suivre. En grec ancien, la racine « tropos » signifiait « manière, modèle ou façon » selon laquelle on chantait et on accomplissait l’office divin.
Le texte du tropaire pascal est le suivant : « Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort Il a vaincu la mort, et à ceux qui sont dans les tombeaux Il a donné la vie.» Lors de nos offices, nous utilisons l’ancienne langue qui s’appelle le « slavon» dont la compréhension nous échappe parfois. Voyons aujourd’hui si le tropaire pascal que nous chantons est compréhensible pour nous. La première partie du tropaire nous est claire : « Le Christ est ressuscité des morts et, par sa mort, Il a vaincu la mort.» Mais la seconde partie paraît un peu bizarre et étrange : « et à ceux qui sont dans les tombeaux, Il a donné la vie ». Pourquoi cette expression inhabituelle : « à ceux qui sont dans les tombeaux » ? Inconsciemment, l’image destombeaux , contenant des morts, surgit immédiatement dans nos pensées. Ce n’est pas une image très agréable.
En fait cette expression appartient au langage figuré de la poésie liturgique. Qu’est-ce que c’est la poésie ? La poésie c’est un style d’expression particulier et élevé, qui utilise des images, des métaphores, des allégories et des jeux de mots. C’est un style qui embellit le langage ordinaire et quotidien. Les prières et les hymnes de l’Église orthodoxe regorgent de cette poésie. Par exemple, dans l’Acathiste à la Mère de Dieu, il est dit que Marie n’est pas simplement la Vierge qui a donné naissance au Sauveur, mais qu’Elle est « l’Étoile qui révèle le Soleil », ou qu’Elle est « l’Échelle par laquelle Dieu est descendu du ciel ».
Et l’expression « à ceux qui sont dans les tombeaux », employée dans le tropaire pascal, souligne une idée fondamentale : toute l’humanité est mortelle. Tous les gens sont mortels : et ceux qui nous ont précédés, et ceux qui vivent aujourd’hui, et ceux qui vivront. Tous nous sommes soumis au pouvoir de la mort ; nul ne peut y échapper. Et le tropaire pascal, avec son expression quelque peu inhabituelle, met précisément l’accent sur cette idée : le Christ a accordé aux êtres mortels, la vie éternelle.
Pour un Byzantin ou un Grec de l’Antiquité, l’expression « ceux qui sont dans les tombeaux » était probablement compréhensible et familière. Car il s’agit ici d’une allusion, d’un parallèle, d’une référence à un passage de l’Évangile qui a servi de base à cette expression. Il s’agit de l’Évangile selon Matthieu, et notamment du passage qui décrit le moment de la mort du Christ : « Alors Jésus, ayant de nouveau crié d’une voix forte, rendit l’esprit. Et voici, le voile du temple se déchira en deux, du haut jusqu’en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, les tombeaux s’ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient morts ressuscitèrent et sortirent des tombeaux après sa résurrection ; ils entrèrent dans la ville sainte et apparurent à un grand nombre de personnes. »
Il est important de rappeler qu’au temps du Christ, le mot « tombaux » ne désignait pas une fosse dans le cimetière, mais plutôt une grotte ou une crypte creusée dans la roche où reposait le corps du défunt, et dont l’entrée était scellée par une pierre tombale. C’est pourquoi l’Évangile dit que « les tombeaux s’ouvrirent, et plusieurs corps des morts se levèrent et sortirent des tombeaux ».
De manière générale, pour plus de clarté, le tropaire pascal peut aussi être chanté dans cette version : « Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort Il a vaincu la mort, et à ceux qui ont été mortels Il a donné la vie. » Mais nous restons fidèles au texte ancien, non seulement pour préserver la tradition, mais aussi, et surtout, pour éviter la déviation du sens des hymnes.
Il faut ajouter que nous devons saisir la profonde signification de ce tropaire. Nous chantons et nous louons le Christ ressuscité, qui a vaincu la mort. En plus nous nous réjouissons spirituellement du fait que le Christ nous a donné la vie éternelle. Pour nous, la Résurrection du Christ n’est pas simplement un fait historique survenu il y a deux mille ans ; c’est un don réel de vie éternelle qui nous est offert « ici et maintenant ». Elle est notre richesse spirituelle, notre joie et notre exultation, notre gratitude envers le Christ, car après Sa résurrection, l’humanité possède la vie éternelle et la mort ne lui fait plus la peur.
Le Christ est ressuscité ! En vérité Il est ressuscité !