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C’est une fête particulière, voire inhabituelle pour l’Église orthodoxe. Quelle est sa particularité ?
D’une part, c’est une fête associée à la bénédiction des produits alimentaires. Et comme toujours, lorsqu’un des produits ou quelque chose est béni à l’Église, ce jour-là tout le monde se rend à l’église. À Pâques, on bénit des gâteaux de Pâques, le dimanche des Rameaux on bénit des branches, à la Transfiguration on bénit des raisins et des pommes, à la Rencontre du Seigneur on bénit des cierges, etc. Et ces jours-là, l’église est bondée. Le jour des Maccabées on bénit les graines de pavot et du miel ? Pourquoi ?
On bénit les graines de pavot tout simplement parce que le nom de la fête des Maccabées en russe se prononce exactement comme on prononce les graines de pavot : («Маккавеи», «мак веять», «мак» – russe). C’est une consonance linguistique, rien de plus, et il n’y a pas d’autre explication. Les graines de pavot sont largement utilisées dans nos traditions populaires : brioches, gâteaux, tartes. D’ailleurs, le pavot c’est très utile, non seulement parce que c’est un remède puissant. Les graines de pavot contiennent une huile et des minéraux précieux et rares. Le miel est béni car il est récolté en abondance à cette période de l’année. Il est clair que le miel est un produit extrêmement utile.
Donc, bénissons-nous les graines de pavot, simplement parce que c’est une consonance et une coïncidence de mots ? Aussi étrange que cela puisse paraître, mais oui. Mais alors pourquoi le clergé n’en parle-t-il pas ? Pourquoi n’abandonne-t-il pas cette tradition ?
Le clergé ne cache rien, et il continue de bénir le pavot et le miel en cette fête, car il sait par expérience que toute occasion d’amener les gens à l’église est bonne en soi. On viendra à l’église et on entendra des enseignements spirituels utiles. On est occupé par le travail, surtout dans notre pays en cette période estivale, où il faut moissonner les céréales, arroser la terre, cueillir les fruits et légumes, désherber, emballer… etc. On n’a pas le temps d’aller à l’église, même le dimanche. Et voici la bénédiction du pavot et du miel. Dans ce cas, il faut aller à l’église pour avoir ces produits bénis à la maison. Les gens vont donc à l’église, et le clergé n’y voit aucun inconvénient et n’a donc pas aboli cette coutume.
Quelle est l’histoire de cette fête ? Elle remonte à l’époque de l’Ancien Testament, c’est-à-dire à l’époque où le Christ n’était pas encore descendu sur terre. Dans notre calendrier orthodoxe, ces fêtes qui sont liées à l’Ancient Testament sont très rares ; on peut les compter sur les doigts d’une main. L’essence de cette fête est la suivante : la Judée de l’Ancien Testament, c’est-à-dire le pays où l’Ancien Testament était conservé et où vivaient les Juifs, tomba sous domination païenne. C’était la période de l’hellénisation. L’histoire nous rappelle qu’au IVe siècle avant J.-C., le roi macédonien Alexandre le Grand accomplit l’impossible : il conquit la quasi-totalité de l’Orient. Avec cette conquête, il apporta la culture, la langue, l’écriture et la religion grecques. Il souhaitait ainsi unifier son vaste pays, où l’on parlait de nombreuses langues : grec, persan, araméen, indien et autres, et où régnaient de nombreuses cultures et religions différentes. À cette époque, la culture grecque, grâce à sa science et à sa philosophie, atteignait un niveau très élevé. Il est clair que le roi Alexandre était principalement guidé par des intérêts politiques : l’unité de son nouvel et immense empire. Mais là où il y a de la politique, il y a souvent violence, coercition, domination et manque de liberté. Et vous et moi, qui avons vécu l’époque communiste soviétique, le savons très bien. Et aujourd’hui, dans nos pays d’origine de l’ex-Union soviétique, la situation n’est pas idéale. Elle est difficile partout. Je crois que c’est le résultat et les fruits d’un siècle d’athéisme, de violence et d’antihumanisme. Mais aussi grand et terrible que fût le Colosse d’État, avec toute sa puissance et ses armes, nous savons que Dieu est plus fort. J’aime l’histoire illustrative de ce roiAlexandre le Grand, qui a conquis la moitié du monde civilisé (d’ailleurs, il n’était pas seulement un despote oriental, c’était un souverain plutôt instruit, et son maître était le célèbre philosophe Aristote lui-même). Alexandre le Grand était fort, possédait une armée immense, conquit État après État, détruisit civilisations comme des châteaux de cartes, et il aurait conquis encore plus de pays et de peuples si, quelque part dans les régions marécageuses de l’Inde, il n’avait pas été piqué par un petit moustique porteur du paludisme. Le grand roi tomba malade en quelques jours et rendit l’âme. « Ainsi le géant a disparu, ainsi le cafard a disparu, selon ses actes », comme dans le conte de Korneï Tchoukovski.
Ainsi tout pouvoir et toute politique, de l’empereur païen de l’Empire romain aux secrétaires généraux de l’URSS, aussi puissants soient-ils, seront toujours plus faibles que Dieu et l’Église. Toutes les civilisons vont s’effondre, mais les Églises et la foi subsistent. Les idéologies disparaissent, mais l’Évangile demeure. Et quel que soit le pays où nous vivons, que Dieu nous donne la force et le courage de dire « non » à l’État qui se rebelle contre Dieu, l’Église, l’Évangile et le christianisme. Nous nous souvenons de cette épisode des Actes des Apôtres, lorsque le Sanhédrin juif força les apôtres Pierre et Jean à cesser de prêcher le Christ. Mais les apôtres répondirent : « Jugez vous-mêmes s’il est juste, devant Dieu, de vous écouter plus que Dieu. »
Et aujourd’hui, c’est l’essence même de la fête. Aux IIIe et IIe siècles av. J.-C., l’hellénisme conquit le monde entier et la Judée. Le Temple de Dieu à Jérusalem fut transformé en temple païen, la foi en l’unique vrai Dieu fut interdite, et ceux qui refusaient de renoncer à Dieu furent persécutés, torturés et mis à mort. Le paganisme fut imposé par la force. Puis, un prêtre, Mattathias, et ses fils, se soulevèrent et commencèrent à lutter contre l’État impie. Leur soulèvement fut couronné de succès. La Judée obtint son indépendance. Ces patriotes juifs furent surnommés « maccabe », ce qui signifie « le marteau de Dieu ». Tout cela est décrit dans les livres non canoniques de l’Ancien Testament, les livres Maccabées. D’un point de vue purement historique, la guerre des Maccabées n’est qu’un soulèvement national qui permit à la Judée d’accéder temporairement à l’indépendance. Mais les chrétiens ont toujours appris à voir dans l’histoire, avant tout, le contexte spirituel, la réalité spirituelle, la leçon spirituelle et la providence de Dieu. Le Seigneur nous rappelle que Sa vérité est plus forte que toute force humaine et tout despotisme étatique.
Nous traversons actuellement une période difficile. Une terrible guerre fait rage entre des peuples issus du même berceau historique (Ukraine et Russie). À l’Est, une guerre oppose les Juifs et les Arabes, eux aussi frères ethniques par le sang. Tout cela dure depuis longtemps. Nous espérons sincèrement que la situation s’améliorera très bientôt et qu’une paix, au moins temporaire, sera instaurée.
Mais nous prions et continuerons de prier pour que les guerres cessent enfin et que la paix règne.
Que les martyrs des Maccabées, eux aussi impliqués dans une situation difficile de la guerre, et qui, avec l’aide de Dieu, ont réussi à établir la paix, soient nos soutiens spirituels en cette période difficile.
Saints martyrs des Maccabées, priez Dieu pour nous. Amen.